Archives pour la catégorie Histoire : quelques mots !

Dossiers épistémologiques sur l’histoire médicale

Vernadski contre l’écologie

???????????I. Les précurseurs de Vernadski
dans la physiologie française

par Pierre Bonnefoy

L’étude de notre univers avec les yeux de Vernadski nous confronte à un paradoxe fondamental : la coexistence des domaines du non-vivant, du vivant et du pensant. Pourquoi est-ce un paradoxe ? Parce que, tout d’abord, si avec Vernadski et toute la tradition de savants dont il est l’héritier depuis Platon jusqu’à Leibniz et Pasteur, nous réfutons l’hypothèse matérialiste, aucun de ces domaines ne saurait se réduire à un autre : ils sont essentiellement séparés. Le paradoxe survient alors du fait que ces domaines sont néanmoins interdépendants. En montrant que la vie (resp. la pensée) est le facteur géologique le plus puissant de la biosphère (resp. la noosphère), Vernadski nous apprend qu’aucun ne peut véritablement être conçu indépendamment des autres. Où est donc l’Un dans ce multiple ? Ce problème a hanté toute l’histoire de la science, et il continuera à se poser sous des formes sans cesse renouvelées : c’est l’aiguillon métaphysique dont la résolution provoque les révolutions scientifiques. Lire la suite

La nature nous annonce-t-elle une nouvelle glaciation ?

BruegelAbstraction faite de la psychose sur le réchauffement global, tous ceux qui étudient sérieusement la climatologie savent que la Terre est entrée depuis environ 2 à 2,5 millions d’années dans une glaciation marquée par la succession d’avancées et de retraits d’une calotte glaciaire partant de Groenland et s’étendant sur toutes les parties nord de l’Amérique du Nord et du continent eurasiatique.

Selon des données géologiques incontestables, il y a 12000 ans encore, une bonne partie de ce qui est aujourd’hui l’Allemagne, le nord de la France, les îles britanniques, la Scandinavie, la Pologne, d’autres parties de l’Europe de l’Est et la Russie étaient recouverts d’une calotte glaciaire d’une épaisseur estimée entre 1,5 et 3 kilomètres, de même que New York, Chicago et toute l’Amérique du Nord au nord de cette latitude. Aux États-Unis, les glaciers s’étendirent même plus au sud de cette masse à partir des Montagnes rocheuses et des Appalaches. Lire la suite

La crise alimentaire mondiale cache-t-elle un génocide silencieux ?

génocide silencieuxJ’ai l’espoir qu’un profond malaise vous saisisse lorsque vous découvrirez que le plus grand génocide de tout les temps est en cours sous nos yeux. Nous l’ignorons simplement parce qu’il s’agit d’un génocide « silencieux ». En effet, la mise à mort de ceux qui ne vivent pas encore, ne fait guère de bruit.

Expliquons-nous. L’histoire de l’humanité se résume souvent à une courbe impressionnante indiquant l’explosion démographique récente, résultant de plusieurs « anomalies ». Une des premières est certes l’avènement du christianisme, une autre la renaissance en Chine sous la dynastie des Song. Ensuite, l’effondrement brutal provoqué par la peste noire au milieu du quatorzième siècle, suivi de la reprise fulgurante à partir de la Renaissance italienne. La planète a pu accueillir un milliard d’humains en 1800, 2 milliards en 1930 (130 ans plus tard) ; 3 milliards en 1960 (30 ans plus tard) ; et 4 milliards en 1974 (seulement 14 ans plus tard). Lire la suite

L’écologie de l’anti-entropie : la vie sans limite

ou pourquoi la notion d’« équilibre naturel » est une grosse fraude…

ecologie-antientropieLa vie exprime une créativité, d’une manière particulière cependant. Alors que la créativité humaine est un acte volontaire, le progrès de la vie s’opère au cours du processus de l’évolution : de nouveaux organismes émergent, avec de nouveaux systèmes biologiques à plus haute densité de flux d’énergie, et ceux qui ne peuvent accompagner le nouveau système plus énergétique s’éteignent.

Le cas de « l’extinction de masse » la plus récente est une leçon pour l’humanité : pour continuer à exister, nous devons continuer de progresser. Il n’y a pas d’alternative, pas même dans la nature.
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La grande aventure des Pasteuriens en Afrique et en Indochine

 pasteur-laoL’explosion des prix des denrées alimentaires sur le marché mondial vient aggraver considérablement l’insécurité alimentaire qui condamne déjà des millions de personnes sur la planète. De plus, en Asie, un cyclone vient de ravager une partie des récoltes de riz, dont dépend la survie de plusieurs millions d’africains et de latino-américains vivant dans l’extrême pauvreté.

Quand la faim et la disette frappent à la porte, et que les infrastructures élémentaires (eau, énergie, transport) pour assainir les lieux de vie ne sont pas présentes, le risque épidémiologique grandit.

Pour inspirer tout ceux et toutes celles engagés dans le combat pour la vie, nous avons décidé de présenter ici une partie d’un dossier spécial publié par la revue FUSION en 1988 sur « La grande aventure des Pasteuriens en Afrique et en Indochine », suivi du « Projet d’action épidémiologique », proposé à la même époque par la Commission médicale de la Fondation pour l’énergie de fusion. Lire la suite

Russell, Wells, Huxley, Comment la science a été dévoyée au XXe siècle

bertrandrusselLe XXe siècle a connu un changement fondamental dans la façon dont la société perçoit la science et ses applications. Contrairement à une idée simpliste souvent répandue, le danger le plus grand ne vient pas de l’extérieur du monde scientifique, mais plutôt de l’intérieur. Ceux qui veulent mettre fin au progrès industriel ou dévoyer la science pour satisfaire leur idéologie ne sont généralement pas des ignares obscurantistes ; ils font partie d’une « élite » déterminée, appliquant une stratégie bien précise pour parvenir à leurs fins. Bertrand Russell, Herbert G. Wells et la famille Huxley sont de parfaits exemples de ce type d’individus. Ne pas prendre leur rôle en compte et se refuser à combattre leurs héritiers aujourd’hui, c’est se condamner à l’impuissance face à l’irrationnel de plus en plus dominant aujourd’hui, des dérives eugénistes aux mouvements antinucléaires. Lire la suite

Le grand mensonge de la surpopulation

 surpopulation« Malthus avait raison, l’enfer, c’est le bébé. Ça tue le développement », écrivait Pascal Riché dans Libération du 30 avril 1992.

Partout se répand le credo anti-populationniste visant à déguiser le génocide des peuples (surtout de couleur et du Sud) en fatalité inévitable. Immoral et criminel ? Certes, mais surtout imbécile et incompétent. La non-résolution de la crise alimentaire actuelle qui tue 24000 personnes par jour, dont 16000 enfants, doit être analysée à la lumière de ce qui est redevenu une politique.

Ce dossier, publié dans Nouvelle Solidarité en septembre 1992, retrace la logique infaillible de Darwin à Cousteau, le développement de l’eugénisme en France, aux Etats-Unis et dans l’Allemagne nazie, en passant par la solution finale d’hier et d’aujourd’hui. Lire la suite

Eugénisme privé ou comment l’homme devient l’assistant de la sélection naturelle

Léonard Darwin, debout encaque colonial blanc

Léonard Darwin, debout en casque colonial blanc

« Le pouvoir politique devra se rendre compte du fardeau énorme qu’occasionnent les dégénérés à la nation. Les sommes dépensées pour la législation, la justice, la police dépassent 48 000 000 livres par an. Et ce n’est pas la charge totale. Le vaurien ne paie pas son loyer. [...]

Si la communauté avait moins à payer pour les dégénérés de tous genres, les hommes sains auraient moins à payer [...]. Chaque augmentation des impôts est un pas vers la dégénération de la race. »  Leonard Darwin (1), 1922. Lire la suite

Contre le retour du « Grand Enfermement », le traitement « moral » des aliénés

Pinel fait enlever les fers aux aliénés de l’hôpital Bicêtre (Tableau de Charles-Louis Mullet, Académie nationale de Médecine).

Pinel fait enlever les fers aux aliénés de l’hôpital Bicêtre (Tableau de Charles-Louis Mullet, Académie nationale de Médecine).

                 La construction d’hôpitaux-prisons n’est malheureusement pas une innovation du XXIe siècle. En effet, l’édification du premier établissement du genre eut lieu sous Louis XIV. Il a pris le nom très ambigu d’ « Hôpital général » pour n’être en fin de compte qu’un vaste lieu de régulation sociale. C’est un lieu infâme où s’entassent pêle-mêle aliénés, prostituées, criminels, mendiants et surtout, toute la misère que l’on ne peut plus exiler de Paris, tant elle devient importante.

Ce n’est qu’au début du XIXe siècle, principalement sous l’impulsion de véritables révolutionnaires humanistes, qu’est supprimée cette « coutume barbare de l’usage des chaînes » pour les aliénés. Dès lors, le fou n’est plus perçu comme un criminel mais il est un malade à qui la société porte secours et qu’elle protège. Lire la suite

Il y a 1900 ans, Galien riait des théories scientifiques du XXIe siècle

galienDepuis l’aube de la science médicale, deux approches sur la relation entre le vivant et le non vivant s’affrontent. Selon la première que l’on peut appeler ici « atomisme » au sens de Démocrite, ou « matérialisme », un organisme vivant serait la somme, ou l’agglomérat, de ses parties. Pour cette école, le vivant se résume à un épiphénomène du non vivant ; l’univers serait donc essentiellement non vivant, le vivant étant l’exception. A l’opposé pour Hippocrate, Platon et Galien, l’organisme comme un tout indivisible est le point de départ. Les parties sont alors ordonnées harmoniquement de la manière la plus efficace, la plus utile, pour le meilleur fonctionnement du tout, c’est-à-dire du corps dans l’ensemble de l’univers. Ici, le vivant n’est donc plus une exception mais un principe directeur universel. Lire la suite